DEUX DANGEREUX INSECTICIDES MASSIVEMENT UTILISÉS SUR LA ROCHELLE

Silos du Port Atlantique La Rochelle
Silos du Port Atlantique La Rochelle

Sur le secteur 17000 de la Rochelle, 106 substances pesticides ont été achetées en 2024 pour un total de 4 333 tonnes, constitué à 78 % par deux insecticides classés Santé A au regard de leur toxicité. Il s’agit du phosphure d’aluminium et du pyrimiphos-méthyl, utilisés sur le Port Atlantique pour le traitement des bois et céréales en transit.

Achats par catégorie de substances sur le secteur 17000 de La Rochelle en 2024 :

CatégoriesQuantités (kg)
CMR239
Santé A3 391
Env A550
Env B8
Total RPD4 187
Autre146
Total général4 333

ACHATS DES 2 INSECTICIDES PHOSPHURE D’ALUMINIUM ET PYRIMIPHOS-MÉTHYL

Chaque année sur le secteur 17000 de La Rochelle, deux substances insecticides sont massivement achetées pour le traitement des silos à grains et le commerce du bois sur le port de La Pallice : le phosphure d’aluminium et le pyrimiphos-méthyl. Ils sont tous deux classés dans la catégorie Santé A, ce qui signifie qu’ils présentent une toxicité aiguë et/ou une toxicité spécifique pour certains organes, donc un fort risque pour la santé humaine, d’où la redevance élevée à laquelle ces substances sont soumises : 5,10 €/kg.

Sur La Rochelle en 2024, ces deux insecticides totalisent 3 373 kg d’achats (3 105 kg en 2023) alors que sur la même période, l’ensemble des pesticides soumis à la redevance pour pollutions diffuses (RPD) totalisent 4 187 kg. Ces deux insecticides représentent donc sur ce secteur 80 % des pesticides les plus toxiques (même ratio qu’en 2023).

La Rochelle est quasiment le seul acheteur de phosphure d’aluminium en Charente-Maritime : 1 773 kg vs 1 776 kg sur l’ensemble du département. Selon les données des fichiers officiels (BNVD), les achats de 2017 à 2024 sont les suivants :

Années Achats (kg)Phosphure d’aluminium sur La RochellePyrimiphos-méthyl sur La RochellePyrimiphos-méthyl en Charente-MaritimeTotal achats de ces 2 insecticides sur La Rochelle
20172830290029005731
201833538508504203
20191157155017332707
202027301012730
2021450601450
20222295101411343429
202325056008053105
20241773160017763373

En Charente-Maritime, 372 000 hectares de terres agricoles reçoivent des traitements pesticides conventionnels. 38 substances insecticides soumises à la redevance pour pollutions diffuses (RPD) y sont utilisées pour un total de 25,8 tonnes. Ainsi avec 3,3 tonnes employées sur une surface de 550 ha, la pression des insecticides sur ce terminal portuaire est particulièrement forte. Au regard de ces éléments, le rapport est de 1 à 100.

Nous constatons que la quasi-totalité des achats de ces deux insecticides sur le département concerne le secteur de la Rochelle. Nous n’avons pas d’explication sur la fluctuation des quantités. Toutefois des contrats de sous-traitance ont été passés entre la coopérative SICA Atlantique et la société SGS qui dispose de plusieurs implantations en France, ce qui pourrait permettre des achats d’insecticides sur un autre site que celui de La Rochelle malgré une utilisation locale. Cette société sous-traitante est une filiale de la multinationale suisse intitulée SGS qui opère dans le monde entier. Pour ses opérations en France, voir SGS.

TOXICITÉ DES SUBSTANCES

Phosphure d’aluminium

« Le phosphure d’aluminium est un sel de phosphore et d’aluminium (cation), à l’aspect de poudre blanche. Il est hydrolysant (il réagit avec l’eau), c’est pourquoi il doit être maintenu au sec, car mélangé à l’eau ou à un acide, il subit une hydrolyse et donne un hydroxyde et de la phosphine PH3, un gaz très dangereux : toxique et inflammable. » (Wikipédia)

« À température et pression ordinaires, la phosphine est un gaz hautement écotoxique, phytotoxique, hautement toxique pour les mammifères (dont l’être humain), et pour lequel il n’existe pas d’antidote. (…) La phosphine est utilisée comme pesticide, il serait le plus utilisé dans le monde comme fumigant, bien qu’un nombre croissant de souches d’espèces ciblées y soient devenues résistantes. » (Wikipédia)

Selon E-Phy (plateforme internet de l’ANSES), ce produit n’est plus autorisé dans l’agriculture en France mais l’est pour la fumigation sur des stockages de céréales.

Le phosphure d’aluminium (ou aluminium phosphide) est aussi présenté sur un document de l’INRS, lequel indique : « Dans les conditions normales, la phosphine est un gaz incolore, légèrement plus lourd que l’air. Inodore à l’état pur, elle possède généralement une odeur d’ail ou de poisson en décomposition, due à la présence d’impuretés (diphosphine et phosphines substituées), détectable selon les sources vers 0,02 – 2 ppm. »

Le site E-Phy sur la page phosphure d’aluminium mentionne les dangers liés à la présence de cette substance dans les produits pesticides. Exemple du PHOSTOXIN TABLET (d’AMM 9500323, il en contient 560 g/kg). La rubrique Classement de ce produit indique :

  • C1 : Toxicité aiguë par voie orale – Catégorie 1
  • C2 : Toxicité aiguë par voie orale – Catégorie 2
  • C3 : Toxicité aiguë par voie cutanée – Catégorie 3
  • C1 : Toxicité aiguë par inhalation – Catégorie 1
  • C2 : Toxicité aiguë par inhalation – Catégorie 2
  • C2 : Lésions oculaires graves et irritation oculaire – Catégorie 2
  • TAC1 : Dangers pour le milieu aquatique – Danger aigu, catégorie 1
  • C1 : Substances et mélanges qui, au contact de l’eau, dégagent des gaz inflammables – Catégorie 1 DA : Mention d’avertissement : Danger
  • DA : Mention d’avertissement : Danger

PHRASE DE RISQUE

  • H260 : Dégage, au contact de l’eau, des gaz inflammables qui peuvent s’enflammer spontanément
  • H300 : Mortel en cas d’ingestion
  • H311 : Toxique par contact cutané
  • H319 : Provoque une sévère irritation des yeux
  • H330 : Mortel par inhalation
  • H400 : Très toxique pour les organismes aquatiques

Pyrimiphos-méthyl

La page E-phy du produit Pirigrain 50, contenant 50 g/L de cette substance, mentionne les indications suivantes :

  • C1 : Danger par aspiration – Catégorie 1
  • C2 : Corrosion cutanée/irritation cutanée – Catégorie 2
  • TCC1 : Dangers pour le milieu aquatique – Danger chronique, catégorie 1
  • DA : Mention d’avertissement : Danger

PHRASE DE RISQUE

  • H304 : Peut être mortel en cas d’ingestion et de pénétration dans les voies respiratoires
  • H315 : Provoque une irritation cutanée
  • H410 : Très toxique pour les organismes aquatiques, entraîne des effets néfastes à long terme
  • EUH401 : Respecter les instructions d’utilisation pour éviter les risques pour la santé humaine et l’environnement

PRODUITS ACHETÉS EN 2024 SUR LE SECTEUR DE LA ROCHELLE CONTENANT L’UN DE CES 2 INSECTICIDES

Produits contenant du phosphure d’aluminium

1 773 kg de cette substance ont été achetés sous forme des deux produits suivants :

  • 2 750 kg de PHOSTOXIN TABLET (AMM 9500323) vs (département : 3 300 kg – Ce produit contient 560 g/kg de phosphure d’aluminium. Il est utilisé pour le traitement des bois abattus contre les insectes xylophages et sous-corticaux. Dose maximale d’emploi : 15 g/m3.
  • 408 kg de PHOSTOXIN BAG BLANKET (AMM 9400202) – Dans le département, le secteur 17000 est le seul acheteur de ce produit, générateur de gaz, qui contient 570 g/kg de phosphure d’aluminium. Il est utilisé contre les insectes pour le traitement des produits récoltés. Dose maximale d’emploi : 30,6 g/m3.

Produits contenant du pyrimiphos-méthyl

Cette substance a été achetée principalement sous forme de PIRIGRAIN 50 (AMM 7700703). Ce produit pour nébulisation à froid contient 50 g/L de pyrimiphos-méthyl. La Rochelle en a acheté 32 000 litres (département : 40 000 litres). Il est utilisé pour les céréales contre les ravageurs des denrées stockées. Sa dose maximale d’emploi est 0,008 L/q.

Les doses maximales d’emploi de ces produits (utilisés en g/m3 ou ml/quintal) sont infimes, les quantités achetées très élevées.


Phosphure d’aluminium et pyrimiphos-méthyl sont massivement utilisés pour traiter les grains en silo et les bois. Le phosphure d’aluminium dégage de la phosphine, gaz extrêmement toxique et très volatil. Le pyrimiphos-méthyl est volatil, il a une action fumigante en plus de son action de contact. Leurs inhalations sont reconnues comme dangereuses.

C’est d’autant plus inquiétant en raison de l’exposition du port face à l’océan. La ville de La Rochelle se trouve sous les vents dominants par rapport aux infrastructures du Grand Port. Or après fumigation, les silos doivent être ventilés pour évacuer ces substances, lesquelles sont alors emportées par les vents à moins que des dispositifs ne les filtrent, nous n’avons aucune information à ce sujet.

Concernant la phosphine, la fiche toxicologique de l’INRS précise qu’une odeur de poisson en décomposition ou d’ail est détectée entre 0,02 et de 2 ppm de présence dans l’air. Les précautions d’usage mentionnent la nécessité de maintenir ces taux dans l’air en dessous de 0,01 ppm selon l’Ephy/Anses pour les personnels et les résidents. Ce qui laisse penser, qu’une fois détectée, la présence de phosphine est déjà néfaste pour la santé des nombreux résidents de la Rochelle placés sous le vent du Grand Port. Il faudrait savoir si les résidents les plus proches constatent souvent ces odeurs et la durée d’exposition.

Il est particulièrement étonnant que l’Atmo Nouvelle-Aquitaine qui a publié le 5 juillet 2024 les résultats de ses analyses de l’air au cœur de La Rochelle – Place de Verdun, pour l’année 2023, n’ait pas pris en compte ces deux substances insecticides, phosphure d’aluminium et pyrimiphos-méthyl/phosphine parmi les 109 molécules pesticides recherchées. Tandis que ces deux insecticides devraient constituer le principal sujet de préoccupation.